Quelle plaie, faire les courses. Je me sens déjà comme un petit vieux qui perd son samedi dans le supermarché. Mon problème, c’est qu’au bout de vingt minutes dans un magasin, je commence à avoir des sueurs chaudes, et il faut que je sorte, c’est plus fort que moi. Seule solution, faire mes achats à toute allure.

Aujourd’hui, je me sens particulièrement pressé. Je fonce à travers tous les rayons que je connais désormais par cœur. 14 minutes chrono, je voici prêt à retourner vers les caisses. Ah quel bonheur, je bats tous les records et me sens encore bien.
Mais j’ai vite fait de retrouver ma mauvaise humeur. En effet, il y a un monde fou aux caisses. Le temps qu’arrive mon tour, on aura évidemment dépassé les vingt minutes fatidiques et je suerai en grognant. Il me reste à choisir ma file. J’en choisis une au hasard. De toute façon, il y a du monde partout, et avec ma chance, je vais forcément me retrouver là où il y aura le plus de problème.
Seulement voilà, je me rends compte d’un élément que je n’avais pas prévu. La caissière qui va me servir a beaucoup d’atouts. Elle est de type indien, jeune, mince, et j’ai une vue magnifique sur son décolleté. Un piercing au nez lui donne un air des plus exotiques.
Finalement, je ne suis pas si pressé que ça. Mon regard se fixe sur elle et son vêtement de travail rouge devient le magnifique sari d’une princesse du pays du Taj Mahal, experte dans l’art du Kama Sutra. Elle m’invite à la rejoindre dans sa chambre, afin de m’initier. Je défais son sari avec la joie d’un enfant qui déballe ses paquets à Noël. Et doucement, ce cadeau délicat dont j’aimerais parcourir les courbes jusqu’aux recoins les plus secrets, s’offre à tous mes désirs.
-Monsieur, vous avancez s’il vous plaît ?
Et oui, pendant ma rêverie, plusieurs clients ont payé, et j’ai laissé un grand trou entre ma personne et celui qui me précède. Furieux d’avoir été coupé dans mon inspiration au moment où j’allais pouvoir goûter au fruit défendu, je réponds à la femme qui m’a interpellé d’un ton agressif n’ayant rien d’humain. La mégère ennemie de la poésie n’insiste pas et j’avance enfin, accompagné dans mes quelques pas par un grognement digne de l’ours brun le plus mal léché.
Me voici face à ma princesse orientale. Son visage est aussi beau de face que de profil. Ses yeux foncés sont incroyable et m’hypnotisent. J’ai alors de vilaines pensées, je me dis qu’une femme si magnifique ne peut pas bosser comme caissière à temps plein. Elle doit être étudiante, ou quelque chose comme ça. Bah, au fond qu’est-ce que ça peut bien me faire ? Elle comptabilise mes achats pendant que je la regarde. Je suis nu face à la princesse.
Enfin, je vais pouvoir sentir la douceur satinée de sa peau et m’unir à elle. Elle a un bras devant sa poitrine que je devine splendide. Ça ne me dérange pas, nous avons tout notre temps. Elle serre les jambes, je ne vois même pas un poil pubien. Mais en a-t-elle au juste ? Dans quelques instants, je le saurai, je serrai son corps délicat contre le mien, avec un mélange de tendresse et de force, nous ferons l’amour dans ce lieu idyllique et le plaisir ne pourra qu’être au rendez-vous.
-50 euros 60, Monsieur.
-Hein quoi ? Il faut payer ? Heu, excusez-moi, j’étais dans les nuages.
-J’ai bien vu, Monsieur, me répond-elle avec un grand sourire.
Bon, ça va, elle est aimable, mais mon trip est totalement cassé. Qu’importe, je reviendrai bientôt, et je choisirai ma caisse avec le plus grand soin, vous pouvez en être certains !

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